L’hypnose occupe une place centrale dans mon travail, et ce depuis longtemps. Elle n’est pas venue comme une technique de plus, ni comme une réponse à la mode. Elle s’est imposée parce qu’elle respecte quelque chose d’essentiel : le rythme interne d’une personne, ses zones de silence, ses détours, et sa capacité à transformer sans être forcée.
Ce que j’aime dans l’hypnose, c’est qu’elle ne cherche pas à convaincre. Elle ne corrige pas, elle ne discute pas, elle ne moralise pas. Elle crée un espace où l’on peut se déplacer intérieurement, parfois de manière très simple, parfois de manière inattendue. Un espace où le contrôle peut se relâcher sans disparaître, où l’attention se modifie sans se perdre. Pour beaucoup de personnes, c’est la première fois qu’un travail psychique se fait sans lutte.
L’hypnose permet de contourner ce que le langage rationnel maintient figé. Non parce que la parole serait inutile, mais parce qu’elle a ses limites. Certaines expériences, certains apprentissages précoces, certaines peurs se sont inscrits avant que les mots soient disponibles. L’hypnose offre un autre accès : plus sensoriel, plus symbolique, plus proche de la manière dont l’esprit fonctionne réellement lorsqu’il n’est pas sommé de se justifier.
Mon intérêt pour l’hypnose est indissociable de mon rapport à la création. Quand je joue du piano, je ne cherche pas à expliquer ce que je fais. Je me laisse guider par des tensions, des silences, des répétitions, des résolutions partielles. En séance d’hypnose, le mouvement est proche. Il y a une écoute fine, une attention au détail, une confiance dans le processus plutôt que dans le résultat immédiat. Le changement ne se produit pas parce qu’on l’exige, mais parce qu’un chemin devient possible.
Le dessin fonctionne de la même manière. Une image peut dire ce qu’un discours ne parvient pas à formuler. Elle peut toucher juste, déplacer un regard, ouvrir une brèche. L’hypnose travaille avec ce même matériau intérieur : images, sensations, fragments de récit. Elle permet de transformer une relation à soi sans passer par l’affrontement ou la performance.
Ce blog est aussi un lieu pour parler de cette pratique, loin des caricatures. L’hypnose n’est ni une perte de contrôle, ni un spectacle, ni une solution magique. C’est un travail exigeant, qui demande un cadre précis et une implication réelle. Elle suppose une alliance, une confiance, et une responsabilité partagée. Elle attire des personnes prêtes à explorer plutôt qu’à être dirigées.
Si j’écris ici sur l’hypnose, c’est pour rendre visible ce lien entre clinique et création, entre rigueur et liberté intérieure. Pour montrer que transformer ne signifie pas se renier, mais souvent retrouver une capacité à habiter sa propre expérience. L’hypnose reste, pour moi, l’un des moyens les plus respectueux et les plus justes d’accompagner ce mouvement.
Un espace pour penser, ressentir et exister autrement.